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Supplique pour ne pas enterrer mes données sous la plage de Seth

Posté le dimanche 3 juillet 2016 par Jean François Nifenecker

Je m’appelle Germaine Pichepette. Avec mon mari, Jules Mouchabeuf, nous vivons tranquillement notre retraite débutante dans une petite ville de cette France que les Parisiens disent « profonde ». Comme nos voisins, nous utilisons les moyens modernes de communication, les TIC ça s’appelle. Internet est pour nous une facilité : commandes d’articles introuvables chez nous, comme du linge, des vêtements, de l’outillage, même des livres — la dernière librairie de la ville a fermé il y a des années. Nous échangeons des mails avec nos enfants très régulièrement et nous pouvons même les voir avec nos petits enfants en utilisant Skype, lorsque le réseau fonctionne normalement. Bref, notre vie numérique est celle de la plupart de nos voisins et connaissances. Nos enfants nous ont conseillé pour l’achat d’un ordinateur et nous allons de temps en temps actualiser nos connaissances à la médiathèque. Un animateur tout à fait charmant et compétent nous donne des conseils et nous permet de nous y retrouver dans ce grand mystère que reste l’informatique. Nous avons bien sûr utilisé l’ordinateur pendant nos dernières années d’activité professionnelle mais tout ça change si vite !

Nous possédons aussi un appareil photo numérique. Plus moyen de trouver de pellicules pour le vieil appareil photo de mon mari. Et c’est encore plus difficile de les faire développer. Surtout ici. Sans parler de la difficulté à envoyer les photos aux uns et aux autres. Avec le mail, c’est si facile !

Mon époux s’est aussi mis en tête de scanériser nos documents personnels : « ce sera plus facile si on nous les vole ». Alors on a aussi une imprimante-scanner. Il en faut du matériel. J’espère que ça ne tombe pas trop en panne, parce que moi j’y connais rien. Il y a bien le fils de la voisine qui est informaticien mais il ne vient pas trop souvent. Et puis ça m’embêterait de le solliciter comme ça pour un oui ou pour un non.

Notre dernière folie c’est que nous avons depuis quelques mois remplacé notre très vieux téléphone portable (quinze ans qu’il avait ; bon la batterie se vidait en quelques heures) par un... comment on dit... un aïe-faune (je ne suis pas sûre de l’orthographe). Qu’est-ce que c’est pratique ! À tel point que cet engin a remplacé l’appareil photo. Qui aurait cru qu’un truc destiné à téléphoner puisse faire des photos si belles ? Ça fait plein d’autres trucs aussi mais trop compliqués pour moi. Jules qui est pourtant bricoleur n’a pas tout compris non plus.

Bon, bien sûr, maintenant on a des milliers de photos qu’on prend en toute occasion. Anniversaires, Noëls, sorties de notre club des « anciens » (eh oui, déjà !), voyages. Que de souvenirs nous pouvons montrer à nos enfants et petits-enfants ! Le plus difficile c’est de trier tout ça. Toutes sont belles mais Jules dit qu’il ne faut garder que les meilleures. Elles sont toutes meilleures. Bien sûr on vide la mémoire du aïe-faune dans l’ordi, sinon on peut plus en prendre. Ah, Jules qui lit par-dessus mon épaule me dit que ça s’écrit « iphone » ; va comprendre avec ces trucs américains. Ah, Jules me dit aussi que nous c’est pas un « iphone » mais un... euh... zut... chéplukoi japonais ou chinois ; je m’y perds et c’est compliqué à écrire. Mais maintenant c’est l’ordi qui se remplit de toutes ces photos. Si on ajoute les scanages de Jules, et tout le bazar téléchargé sur internet — parce que chaque fois que Jules voit des images qui lui plaisent, il faut qu’il les récupère (bon, moi aussi, hein, la mode, les nouveaux chanteurs, chuuut) —, toutes les photos qu’on nous envoie aussi, ça en fait des machins qui s’entassent.

Tiens, pour vous dire, dernièrement on était invités au mariage de mon neveu Onuphre. Quel tralala ! Ils s’en sont donné du mal, la Jeanne et le Maurice. Maurice c’est mon frère cadet. Mais c’était bien beau (et on a bien mangé !). D’ailleurs on a fait plein de photos. Et y en a de si belles que nous sommes les seuls à les avoir. Pourtant, deux cents invités, hein ? Par exemple, quand l’Onuphre et sa promise, la Thérèse, s’échangent les anneaux devant Monsieur le Curé, par exemple, en contre-jour avec un rayon de soleil qui illumine les deux mariés... Alors, celles-là on ne veut pas les perdre, personne ne les a.

L’animateur à la médiathèque nous a dit qu’il faut recopier les photos et les trucs qu’on a, ailleurs que sur l’ordi, si des fois il tombe en panne. Sinon on pourrait tout perdre. Là, il m’a filé la pétoche. Il a parlé d’un disque externe que c’est comme le disque de l’ordi mais dans une boîte qu’on branche quand on veut. Et puis aussi il a dit comme ça que le disque externe ça peut aussi tomber en panne, casser ou bien être volé ou encore il peut y avoir le feu et que du coup on perd encore toutes nos photos. Maintenant j’ai encore plus la pétoche.

D’abord pourquoi ça tombe en panne tous ces machins informatiques ? Le vendeur de l’ordi chez Cartylanger à Saint-Rémy-en-Bouzemont avait pourtant dit que c’est « très fiable » et même qu’on pourrait le faire… comment il a dit… ah, oui, évoluer. Comme ça il durera plus longtemps qu’il avait dit.

Bon, Jules m’a dit de pas m’inquiéter qu’on va trouver une solution. On va demander au fils de la voisine. On lui donnera la pièce, il sera content. Il paraît que ça ne va pas fort en ce moment dans sa boîte.


Sans le savoir, Germaine pose bien le problème du chôm… euh… oui aussi, mais là non : comment Germaine Pichepette ou Jules Mouchabeuf peuvent-ils sauvegarder les masses de données qu’ils entassent jour après jour — la plupart étant irremplaçables en cas de perte — de manière sûre et sécurisée ? Bien entendu au moyen d’outils aussi simples à mettre en place qu’à utiliser ou à remplacer.

À lire leur histoire, le cahier des charges de Germaine et Jules est le suivant :

  • pouvoir stocker beaucoup d’informations,
    • pour longtemps,
    • sans difficultés techniques,
  • pouvoir récupérer ces données,
    • facilement,
    • partout,
  • que les données soient en sécurité (backup),
  • et en sûreté (confidentialité).

Tout informaticien sait que les briques nécessaires existent. Oui mais voilà. Comment Germaine ou Jules peuvent-ils, tout seuls ou avec une aide minimale — une vague feuille de documentation —, les assembler pour en faire le tout cohérent qui leur apportera les services attendus ? Et tout ça, sans jargon, sans « SSH », sans « certificat » ni ipévéquatre ou ipévéçisse, sans tout ce décorum qu’adooorent tant les informaticiens.

Oui, aujourd’hui les briques existent. Elles s’appellent Cloud, SSH, Chiffrement. Mais que faut-il choisir pour se construire son petit cloud à soi, en soie ?

MyCozyCloud est super.

Mais après ? Où trouver un serveur ? Si je consulte les offres d’[espace publicitaire à vendre], je suis perdu, dès la page d’accueil : je dois choisir quoi ? Un « hébergement » ? Un « virtual private server » ? Un « public cloud instance » ? Un « serveur dédié » ? Un « public cloud storage » ? (aux tarifs, je comprends que le « dedicated cloud » c’est pas pour moi).

Et lorsque je clique les divers liens, alors c’est du grand art : SSD ! Cloud RAM ! VPS ! 1 IPv4 incluse (tous ports ouverts) ! [ça fait suer]

Largué.

Et après, quand j’ai payé un truc choisi au pif (qui a lu « moisi » ?), que se passe-t-il ? Je fais quoi ?

Sous mon Windows, mon Linux, mon OSX, j’installe quoi, comment ? Et si ça marche pas ou mal, je fais quoi ?

Et si je veux arrêter, tout récupérer chez moi ?

Ah, la nièce du beau-fils de ma concierge dit qu’on peut s’installer un cloud à la maison, sur un NAS. Aïe. C’est mieux ? Et s’il y a le feu ? Et les sauvegardes, où sont-elles ? Et ça coûte combien ? Et si ça tombe en panne ?

Comment, une fois le technicien parti, nos Pichepette & Mouchabeuf peuvent-ils gérer les aléas ? Sinon, leurs données seront enterrées sous la plage de Seth [1], donc perdues. Et eux aussi.

Bref, celui qui proposera une telle solution clefs en mains à Germaine et à Jules, pour pas trop cher, disponible partout, facile à utiliser, pas technique, sûre et sécurisée, avec du conseil de démarrage et du support de maintenance, aura compris le sens de l’histoire : « la deuche du cloud », ça s’appelle|ra|rait.

Qui s’y colle ? Comme je n’ai aucune expérience, je m’estime parfaitement désigné pour en être. Et puis... tout en Libre, ça vous aurait de la gueule, non ?

Notes

[1] Non, je ne me suis pas trompé. J’ai bien écrit Seth.

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